Les lois de l’apprentissage et l’éducation

 

Apprentissage et Education. Deux mots qui résonnent de la même manière, et pour cause. Le comportementalisme nous donne des pistes concrètes pour parfaire nos méthodes éducatives dans le respect du développement de l’enfant et du parent. Les lois de l’apprentissage sont omniprésentes dans l’éducation, qu’on en ait conscience ou non. Cet article a pour but d’éclairer la façon dont elles se présentes, et de quelle manière, en les connaissant, il est possible d’aider nos enfants à grandir dans le respect de soi et des autres.

 

Pour le meilleur et pour le pire, les lois de l’apprentissage sont là

 

Commençons par le pire : l’enfant-roi ou l’enfant-tyran (l’appellation étant directement proportionnelle de la gravité de la situation).

 

L’enfant n’est pas devenu roi ou tyran comme ça, tout seul. On le lui a appris. A première vue culpabilisant, ce constat renferme en lui deux germes d’espoir : 1 – notre enfant est capable d’apprendre et 2 – il est possible de lui apprendre autre chose.

 

Plusieurs facteurs ou processus interactionnels entrent en jeu dans cet apprentissage du pire :

  1. Notre tendance à ne souligner que ce qu’on veut voir changer
  2. Le renforcement qui en découle
  3. Notre logique punitive
  4. L’accès aisé aux sources de plaisir
  5. L’exemple

 

Prenons un exemple concret.

 

Mathieu est en colère contre sa maman. Il crie, frappe, mord. Sa maman hausse le ton, mais rien n’y fait, plus elle hausse le ton, plus il adopte des comportements violents. En dehors des crises de colère, quand il se tient tranquille, la maman de Mathieu le laisse sans attention, ne lui parle pas, sous le prétexte que « c’est si rare, faut surtout rien dire pour ne pas que ça s’arrête » ou encore « j’ai enfin un moment de répits … il faut en profiter ».

 

Arrêtons nous un instant sur ces quelques lignes et posons le cadre.

  1. l’attention parentale est très importante pour un enfant, elle a très souvent valeur de renforcement (récompense) pour lui
  2. quand on récompense un comportement, on augmente sa probabilité d’apparaître à l’avenir
  3. quand on « ignore » un comportement, on diminue sa probabilité de se produire à nouveau
  4. On apprend les comportements aussi par imitation : quand on adopte un comportement, on augmente sa probabilité d’apparition chez nos semblables (ici nos enfants)

 

Sur base de ces quatre principes, on remarque déjà les erreurs d’appréciation de la maman de Matthieu : elle renforce les comportements qu’elle veut voir disparaître (colère, agressivité), elle met sous extinction (c’est le terme barbare des comportementalistes pour dire ignorer) les comportements qu’elle souhaite voir apparaître et elle donne l’exemple de ce qu’elle ne veut pas voir apparaître.

 

Voilà pour les deux premiers points. Mais ce n’est pas tout. Comme beaucoup d’entre nous, nous sommes engagés dans une logique d’éducation punitive.

J’entends souvent dans mon cabinet que la logique de la récompense semble être de la manipulation, du « dressage », indigne de l’être humain. « On est pas des rats ! ». En effet. Mais posons notre regard sur cette fameuse méthode utilisée dans le dressage des animaux.

  1. La méthode est basée sur la récompense
  2. On ne recompense que ce qu’on souhaite voir apparaître
  3. Si le comportement est compliqué, on aide en montrant, en guidant et en renforçant toute approximation qui se rapproche du comportement attendu
  4. On renforce systématiquement au début pour passer progressivement à un renforcement aléatoire.

 

La méthode que l’on considère plus digne d’un être humain est souvent la suivante :

  1. Méthode basée sur la punition
  2. On souligne ce qu’on ne veut pas voir apparaître
  3. Si le comportement est complexe on ne récompense que s’il est produit parfaitement
  4. On punit systématiquement les comportements non désirables et on ne renforce jamais les comportements désirables

 

Ma question est la suivante :

 

Pour quelle raison est-on plus doux et compréhensif avec les animaux qu’avec nos propres enfants ? Ou se trouve la dignité dans tout ça ?

 

Pour en terminer avec le pire, parlons de l’accès aux sources de plaisir.

 

Télévision, jeux vidéos, bonbons, moindre désir … On souhaite que nos enfants ne manquent de rien et ce faisant, nous les privons de l’essentiel : apprendre que la vie n’est pas donnée, que tout plaisir à un coût et le gout de l’effort. Sans cela, les enfants devenus adultes souffriront d’un monde qui n’est pas centré sur eux, un monde où ils devront s’adapter, gagner ce qu’ils consomment, faire des efforts pour en être (parfois) récompensés. C’est à cette réalité que nous devons préparer nos enfants, pas à recevoir sans effort ou à prendre sans donner.

 

Il s’agit en fait d’apprendre à donner pour recevoir. Là est le rôle d’un parent.

 

Pourquoi donnons-nous tant à nos enfants ?

 

Pour satisfaire ou rassurer, à court terme, notre « égo » de parent. C’est tout. Cela n’a malheureusement rien à voir avec le bien-être de l’enfant. A court terme, il aura du plaisir, mais à long terme, il aura plus de difficultés à composer avec les frustrations inévitables de la vie.

« Donne un poisson à un homme et il mangera un jour. Apprend lui à pêcher et il mangera toute sa vie. » Ce n’est pas les dictons qui manquent sur la question.

« Nous donnons car nous n’avons pas eut … » ok, mais nos enfants ne méritent-ils pas mieux qu’une éducation en réaction à nos propres manques ? Ce qui est important est-ce la satisfaction à postériori de nos besoins ou bien l’écoute des besoins personnels de l’enfant ?

Passons maintenant au meilleur : comment les lois de l’apprentissage peuvent nous aider à accompagner nos enfants dans leur développement.

L’exemple

Oui, nous sommes les exemples sur lesquels, qu’on le veuille ou non, nos enfants se calqueront. Nous leur transmettons, à travers nos comportements, notre façon de nous relier à soi-même, aux autres et aux émotions. Nos standards personnels de régulation émotionnelle auront une plus grande probabilité d’être transmis à nos enfants que ceux que nous n’adoptons pas. Si nous sommes violents dans nos interactions avec eux ou devant eux, nous favoriserons ce comportement chez eux également. L’addage « faites ce que je dis pas ce que je fais » est une absurdité évidente.

Avant de changer son enfant en ce qu’il voudrait qu’il soit, commencer par se changer soi-même en ce qu’on voudrait davantage être est la plus belle preuve d’amour qu’un parent puisse offrir à son enfant … et à lui-même … et aux autres.

Le principe de l’arrosoir

 

Imaginez un jardinier. Un jardinier est une personne qui s’occupe d’un (ou dans un) jardin. Il plante, il arrose, il soigne. Seules les plantes qui sont arrosées poussent. C’est un fait.

 

Nous sommes nous-mêmes les jardiniers de nos enfants. La différence avec un vrai jardinier est que sur notre tête est attaché un pot rempli d’eau qui, à chacun de nos mouvements, arrose l’endroit où nous nous trouvons.

 

Quel type de jardinier êtes-vous ?

 

Quelles plantes arrosez-vous ?

 

Où passez vous le plus de temps dans votre jardin ? Là où se trouvent les plantes que vous voulez voir pousser ou bien là où se trouvent les chardons (en imaginant que ce sont des plantes que vous ne souhaitez pas voir dans votre jardin) … que vous arrosez et plantez malgré vous dans vos efforts désespérés de les éradiquer.

 

Il y a une logique simple dans cette petite réflexion : plus vous arroser les plantes que vous voulez voir pousser, plus celles-ci vont peupler le jardin, moins il restera de la place pour les autres plantes.

 

L’engrais principal des jardins d’enfants est l’attention.

 

Oui, c’est bien joli, mais que fait-on quand l’enfant présente des comportements violents, pour lui et/ou les autres ?

 

La remise au calme

 

Loin d’être une punition, la technique de la remise au calme (Time-Out) est une occasion que l’on donne à l’enfant de se calmer pour entrer à nouveau en contact avec son environnement d’une façon qui soit plus saine pour lui et les autres. La remise au calme n’est pas une punition et ne doit pas être utilisé comme un moyen de pression. La remise au calme consiste à sortir l’enfant de l’environnement dans lequel il présente le comportement inadéquat, quitte à l’immobiliser pour le maintenir en sécurité de lui-même (s’il se donne des coups par exemple) ou se mettre soi en sécurité (s’il donne des coups) en évitant tout contact oculaire et en répétant une même phrase neutre sur le plan émotionnel. Par exemple : « tu es en colère et tu n’arrives pas à exprimer calmement. Je t’emmène dans un endroit où tu pourras retrouver ton calme et quand ce sera fait, tu pourras à nouveau revenir ». Le but de la manœuvre est VRAIMENT de permettre à l’enfant de retrouver son calme. Donc, si sa BD préférée ou son doudou peuvent le lui permettre, donnez lui accès à ses « calmants » naturels. Ce n’est pas la méthode du coin.

 

Bon à savoir

La remise au calme n’est pas exclusivement pour les enfants, vous aussi, si vous en avez besoin, ayez-y recours (ca donnera aussi à l’enfant le signal que c’est quelque chose de positif)

Egide Altenloh
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Egide Altenloh

Psychologue - Coach - Thérapeute et Formateur ACT chez Psyris
Psychologue comportementaliste, coach et formateur ACT. Egide est la personne ressource pour tout ce qui touche à la thérapie intégrative, aux émotions et à la créativité.
Il est responsable de la consultation générale à Psyris et des formations (ACT - version thérapie et version coaching ; coaching 3ème vague).
Il est responsable des services PSYRIS pour les entreprises (interventions/groupes/coaching).
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