Pierre a dit : « Vivons heureux en attendant la mort »

Un excellent livre de Pierre Desproges que je ne peux que vous conseiller.

J’ai repensé à lui au cours d’une séance avec une de mes patientes ce matin. Depuis le début du confinement, elle médite, ou prie, ou fait un truc qui ressemble à du recueillement, autour d’un passage du Deutéronome (30:19) : « J’ai mis devant toi la vie et la mort […]. Choisis la vie, pour que tu vives … ». Chaque jour, elle choisit la vie. Chaque jour elle se repose le choix de la vie et de la mort et chaque semaine elle revient, en vie, à notre rendez-vous. Jusqu’ici, tout va bien !

Je vous parle d’elle car, ce matin, elle m’a soufflé à l’oreille un exercice très sympa. Une de ses connaissances l’a mis au défi, elle et sa communauté d’amies, d’écrire 100 mots par jour sur un thème. Il s’agit du défi de Raymond Queneau « 366 réels à prise rapide ». Lorsque j’écris ces lignes, le mot du jour est « sacs ». Quel jour sommes-nous ?

Ce weekend, c’était « moment professionnel ». Elle a pensé immédiatement au bureau de son mari, au désordre apparent, aux multiples papiers et bric-à-brac savamment désorganisés. En y repensant tout au long de la journée, pour savoir ce qu’elle allait bien pouvoir dire à propos de cet espace chaotique, elle s’est rendu compte que ce bureau était … son mari. Ce bureau était sa caverne d’Alli Baba. Chaque objet présent était un morceau de lui, une part de sa vie, un échantillon de ses passions, un témoignage de ses joies, un héritage de son passé.

J’ajouterais bien que ce serait criminel de vouloir le ranger, mais ce ne serait qu’un message subliminal destiné à mon épouse …

Or donc, depuis ce weekend, elle ne voit plus ce bureau uniquement comme un espace désordonné, mais aussi comme le lieu de culte secret de son mari. Elle s’énerve toujours autant en pensant au bordel du bureau, mais à présent, il a un sens. Il est devenu sacré. Et le sacré, pour elle, c’est important. L’ordre aussi, mais un peu moins …

J’ai bien entendu sauté sur l’occasion. Et comme l’occasion fait le larron et que les larrons sont en foire, ma foi me dis-je, soyons fous mais pas trop, évitons-lui le grand huit. Sept feront l’affaire. Je lui propose donc de trouver sept mots (le chiffre sept a son importance, pour elle en tout cas) qui représentent ses souffrances, ses préoccupations, ses anxiétés : ses larrons. Chaque jour d’ici à notre prochaine séance, elle a la mission d’écrire 100 mots qui parlent de ses larrons. Pour chacun, elle dira ce qu’il représente pour elle, ce qu’il implique et à quoi il est relié. Mais elle ne le fera qu’en fin de journée. Pendant toute la journée, elle reviendra sur le mot, l’écrira, le lira à l’envers, jouera avec ses lettres, méditera dessus, en le répétant inlassablement.

Vous l’avez compris, c’est un magnifique exercice de défusion par enrichissement de sens qui utilise l’écriture comme support.

N’hésitez donc pas à le tester, l’améliorer, le mettre à votre sauce et si vous êtes thérapeute, à l’utiliser avec vos patients. Il ne demande pas beaucoup de matériel ni de préparation et devrait bien convenir aux « littéraires ».

Bien amicalement,

Egide.

Egide Altenloh
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