Qu’est-ce qu’une règle en ACT | Thérapie d’Acceptation et d’Engagement ?

Les « il faut », « je dois » et autres phares du même ordre, les croyances, les consignes, les injonctions sont très présents dans nos comportements. Ils les façonnent bien au-delà de ce que nous pouvons le croire. Traditionnellement, ces verbalisations influençant nos comportements sont appelés des « règles ».

Skinner (1957) définit une règle comme un stimulus verbal spécifiant des contingences (une sorte de « si … alors … ») et différencie les comportements gouvernés par les règles (CGR) des comportements façonnés par les contingences (CFC).

Par «façonné par les contingences», Skinner entend qu’un comportement opérant est sous le contrôle de contingences qui n’impliquent aucun élément verbal. Une personne qui arrête son véhicule à un feu rouge suit une règle. Il n’a pas acquis cette conduite sous l’effet des contingences directes de l’environnement. La règle spécifie : les conditions d’application du comportement (un feu rouge est allumé à droite du véhicule), la topographie du comportement (arrêter le véhicule avant le feu rouge) et les conséquences renforçantes (amende et procès en cas de non respect). Le niveau de précision des règles varie considérablement. Elles peuvent être très précises, comme dans l’exemple précédent, ou très générales, comme dans le cas de maximes ou de proverbes.

Seron, Lambert et Van der Linden (1977) étendent la définition de règle à «tout système verbal ou autre décrivant de manière plus ou moins précise les relations existant entre le renforcement et la conduite, jouant le rôle de stimulus discriminatif construit» (p.90).

L’un des avantages essentiels des règles est de pouvoir faire une économie de comportement. Les modes d’emploi, les livres de cuisine et autres manuels nous donnent rapidement accès à toute une série de solutions à des problèmes divers, sans devoir passer par l’expérimentation systématique.

Une autre caractéristique importante des CGR est leur plus faible sensibilité aux contingences et à leurs fluctuations que les CFC. C’est cette insensibilité qui explique le coté «décalé» de certaines personnes découvrant un nouveau milieu : elles infèrent des règles à suivre en fonction de leur histoire d’apprentissage dans des situations similaires, les appliquent, sans connaitre les usages de cette nouvelle situation ou encore sans percevoir les stimuli discriminatifs impliquant un changement de contingence. La culture, les théories scientifiques ou autres, les coutumes sont des exemples de CGR.

Bien qu’ayant souvent un caractère absolu, les règles ne sont pas toujours suivies. Dans certains contextes, les suivre est un comportement qui est renforcées, dans d’autres, il ne l’est pas. Pourquoi cette variabilité ?

Il y a trois façons de suivre les règles : la pliance, le tracking, et l’augmenting (Hayes et al., 2001). La pliance (néologisme dérivé du terme «compliance») implique la poursuite d’une règle verbale sous le contrôle d’une histoire de médiation sociale renforçant la correspondance entre le comportement et la règle. Supposons qu’une personne ait appris de ses parents la règle «tais-toi quand les adultes parlent». Si son histoire d’apprentissage en rapport à cette règle est faites de récompenses ou punitions de l’avoir suivie ou non, si son interaction avec le comportement de «se taire» est en lien avec «être un bon garçon», si ce comportement découle d’une histoire de plaire ou déplaire à ses parents, alors le comportement «se taire» est une pliance. L’antécédent verbal qui a cette fonction (la règle) est appelé un ply.

Un tracking est un CGR sous le contrôle d’une histoire d’apprentissage relative à la correspondance entre la règle et les contingences naturelles, sociales ou non (souvent elles sont non sociales). Les  contingences naturelles sont celles qui sont produites entièrement par le comportement dans la situation. Par exemple, si l’enfant se tait lorsque des adultes conversent car il trouve ce qu’ils disent intéressant et que son histoire lui a appris que dans une situation ou quelqu’un dit quelque chose qui est intéressant, se taire permet de mieux en profiter, alors le comportement est un tracking. Les antécédents verbaux renvoyant à cette fonction sont appelés tracks.

Certains stimuli verbaux ont davantage un effet sur les Opérations Constituantes que sur les fonctions discriminatives. Hayes, Barnes-Holmes et Roche (2001) les appellent les augmentals et proposent d’en distinguer deux types : les formatifs et les motivants. Les augmentals motivants altèrent la valeur d’un événement qui a déjà une conséquence fonctionnelle. Les augmentals formatifs donnent à un nouvel événement un caractère renforçant. La publicité est un exemple d’augmental motivant. Un augmental formatif est à l’oeuvre lorsque l’on associe un stimulus neutre, par exemple recevoir un soleil en papier à la réalisation d’une tâche, à une conséquence renfoçante, par exemple en ayant cinq soleils sur la journée on peut choisir l’activité que la famille fera le soir.

Quand suivre les règles devient problématique

L’effet d’insensibilité aux contingences est principalement le fait des pliances. L’insensibilité aux contingences induite par les règles est corrélée à la rigidité psychologique comme trait (Wulfert, Greenway, Farkas, Hayes, & Dougher, 1944, cité dans Hayes et al., 2001). «Plaire aux autres» est un ply qui peut poser beaucoup de problème, même en thérapie. En thérapie, ce type de ply peut amener un client dépendant à adopter un comportement affirmatif qui sera considéré comme «bon» par le thérapeute alors que celui-ci a pour fonction la recherche de l’approbation du thérapeute. Un ply thérapeutique serait, par exemple, de ne pas renforcer les plys en adoptant un style paradoxal afin de rendre plus difficile la connaissance de ce qui «plait» au thérapeute ou ne lui «plait pas». Les trackings posent également des problèmes lorsqu’ils sont inefficaces. Les tracks sont inefficaces lorsqu’ils ne sont pas justes, dont la pertinence ne peut être vérifiée, lorsqu’ils sont auto-réalisants ou appliqués dans des situations où un comportement ne peut être effectif que s’il est modelé par les contingences directes.

Prenons le cas d’une personne souffrant d’un trouble panique qui tente d’éviter ou réduire la panique par des injonctions/menaces verbales du type «tu dois arrêter ça, sinon ça va empirer et tu vas en crever». Les menaces créent de l’anxiété et donc la tentative de la réguler verbalement à travers des menaces n’a que comme conséquence de l’activer. Une façon de travailler cela en thérapie est d’affaiblir les trackings dans certains contextes et les amener sous un contrôle contextuel ayant comme unité de travail la fonctionnalité des comportements. Affaiblir les trackings est difficile car ils sont utiles dans toute une série de dimensions de la vie. Il n’est pas fonctionnel de parler «rationnellement» de la limite des tracking car c’est créer une règle – de plus – concernant le fait qu’il ne faut pas suivre de règles. Un problème commun lié à l’augmenting se produit lorsque un track spécifie qu’un processus particulier est relié à un résultat particulier.

Exemple
Prenons le cas d’un client étant sous l’influence du track «pour être proche de mes enfants et de ma femme, je ne dois pas avoir d’anxiété, et si j’en ai je dois la contrôler». L’augmental est l’augmentation de la valeur des comportements de contrôle de l’anxiété : repérage des stimuli potentiellement liés à l’anxiété, tentatives de contrôle verbal (auto-menace) ou physique (relaxation) de ceux-ci, etc. Dès le matin, le client se centre sur ses sensations physiques pour repèrer des «signes» d’anxiété. Il tente de les contrôler mais n’y arrive pas. Il recommence mais n’y arrive pas. Il entame une thérapie pour y arriver mais n’y arrive pas. Il participe à de nombreux séminaires, formations … et n’y arrive toujours pas. De plus, la règle se confirme d’elle même : en passant tout ce temps à ne pas réussir à éliminer son anxiété il n’est ni proche de ses enfants ni de son épouse. Ce qui est problématique, ce n’est pas le fait de vouloir être proche de sa famille. En soi, «être proche de ma famille» est un augmental formatif potentiellement sain. Le problème vient du track impossible à réaliser : vouloir contrôler son anxiété revient à augmenter les comportements de lutte avec ses pensées et ses émotions. Naturellement, lorsque nous sommes en situation de lutte ou de contrôle, l’anxiété est présente, car elle est naturellement utile dans ce combat.

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Egide Altenloh

Psychologue - Coach - Thérapeute et Formateur ACT chez Psyris
Psychologue comportementaliste, coach et formateur ACT. Egide est la personne ressource pour tout ce qui touche à la thérapie intégrative, aux émotions et à la créativité.
Il est responsable de la consultation générale à Psyris et des formations (ACT - version thérapie et version coaching ; coaching 3ème vague).
Il est responsable des services PSYRIS pour les entreprises (interventions/groupes/coaching).
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