Le Behaviorisme radical

Le Behaviorisme Radical (BR) est en quelque sorte la transposition de ce relativisme pragmatique au contexte de l’analyse du comportement. Le BR est développé par Skinner. Celui-ci le décrit comme la philosophie de la science du comportement humain. Selon Willard Day, le BR se caractérise par différents éléments :

  1. un intérêt particulier pour l’étude des variables qui contrôlent le comportement ;
  2. une conscience que tout scientifique (et par extension tout clinicien) est un organisme se comportant, que la science et par extension le comportementalisme, est un répertoire de comportements verbaux ou non, partagé par une communauté ;
  3. un intérêt pour le comportement verbal contrôlé par des évènements directement observables sans exclusion des évènements privés ou encore des comportements dits perceptifs et sans recourir à des concepts mentalistes comme le fait le néobehaviorisme ;
  4. une conscience de l’importance des variables environnementales dans le contrôle du comportement sans en faire la seule source de contrôle.

 

Distinction avec le Behaviorisme Méthodologique

Historiquement le Behaviorisme Méthodologique (BM) est né de la plume de John B. Watson en 1913, dans son manifeste du Behaviorisme. Mahoney (1974) décrit six caractéristiques générales du BM : (1) il suppose un déterminisme macroscopique ; (2) il met l’accent sur l’observabilité : lorsque deux événements sont hypothétiquement médiés par un troisième «interne» – processus physiologique ou stimulus interoceptif – le premier et le dernier événements doivent être observables ; (3) une adoption pragmatique de l’opérationnalisme dans lequel les variables dépendantes et indépendantes sont clairement et objectivement spécifiées en accord avec les procédures (opération) sous-tendant leurs évaluations (mesure) : l’objectivité des définitions opérationnelles sont souvent évaluées par la mesure de la fiabilité ; (4) il soutient que la falsifiabilité (ou testabilité) est l’élément cardinal de bonnes hypothèses scientifiques et qui rend légitime les recherches empiriques ; le comportementaliste méthodologique doit être en mesure de spécifier ce que les données devraient donner si son hypothèse est vraie ; (5) il soutient que l’expérimentation contrôlée est le meilleur moyen d’obtenir, d’accumuler et d’affiner notre connaissance du comportement ; (6) il considère que la réplication indépendante et la généralisabilité priment : quand une relation spécifique a été observée par un ou plusieurs observateurs indépendants, la confiance en la légitimité de l’observation est augmentée; quand une relation est applicable à différentes populations ou à des événements similaires, sa pertinence est élargie.

Concrètement, cet ensemble d’attitudes concernant l’étude du comportement est adopté par la plupart des départements de psychologie. Il pourrait facilement être relié au positivisme de Karl Popper ou encore à l’opérationnalisme. Cependant, il est davantage une réaction aux modèles mentalistes foisonnants au début du siècle passé qu’une évolution du modèle Popperien. Day (1983) considère le BM comme une orientation psychologique professionnelle définie en termes de variables sociales et culturelles qui ont eu pour fonction de rassembler, autant que faire se peut, la profession en un ensemble plus ou moins cohérent. Day (1983) insiste sur le fait qu’une grande majorité des préparations expérimentales en psychologie suit le modèle Stimulus-Réponse du BM où les variables manipulées, indépendantes, représentent le stimulus et la mesure après manipulation représente la réponse. De ce fait, chaque préparation est en soi comportementaliste car elle tente de mettre en évidence une relation entre un stimulus et une réponse. C’est ce que Skinner appelle la psychologie S-R.

Une grande différence entre les deux behaviorismes est la notion de cause.

Le BM attribue la cause d’un comportement à ses antécédents. Cette perspective classique de la relation causale est adoptée par d’autres théories : le cognitivisme, recherchant les causes du comportement dans les mécanismes cognitifs hypothétiques qui les précédent ; la psychanalyse cherchant la raison «profonde» du comportement humain dans l’histoire du «sujet» et dans les arcanes des mécanismes supposés habiter un inconscient mal défini ; ou toute autre théorie supportant une telle logique Stimulus-Réponse.

Le BR attribue la cause d’un comportement à ses conséquences.

Une autre différence entre le BR et le MB est leur attitude par rapport aux «très vieilles idées» qui se rapportent aux causes du comportement.

Selon Day (ibid.), la méthode du BM est utilisée par de nombreux départements pour monter des expérimentations de tout ordre sur tout ce qu’on peut trouver comme états ou processus psychologiques qui ne sont en eux-mêmes pas toujours directement observables. Leur présence est généralement inférée par la réussite de l’épreuve. Les processus ou états à l’origine de la réussite de l’épreuve étant non observables et le fait que le BM attribue aux antécédents (les processus ou états psychologiques) les causes d’un comportement (la réussite de l’épreuve) rangent ironiquement le BM, historiquement antimentaliste, dans la case des théories mentalistes. Le BM semble ne poser aucune résistance aux vieux concepts mentalistes, or le BR s’y oppose de façon fondamentale. C’est en 1945 que Skinner marque la différence entre les deux behaviorismes dans son article sur l’opérationnalisme qui pose les prémisses de l’analyse du comportement verbal.

Egide Altenloh
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