Exercice du bus compassionné

Exercice du bus compassionné

(inspiré de F. Gheysen et P. Delamillieure)

INTRODUCTION

Imaginez un voyage en bus dont vous êtes le conducteur.

Prenez une feuille de papier et un crayon. Dessinez votre bus. Et représentez à l’intérieur, sous forme de personnes, vos peurs, vos critiques, vos blocages.

Ces passagers peuvent représenter différentes partie de vous-mêmes, des personnes que vous connaissez, des membres de votre famille, des collègues, voire même des personnes imaginaires.

Laissez aller votre imagination. La scène peut être assez réaliste (comme dans un film), ou plus fantaisiste (comme dans un dessin animé).

Une fois que tous les passagers sont montés dans le bus, celui-ci entame son voyage, conduit par vous-même d’une main plus ou moins ferme.

LE BUS COMPASSIONNE  – Exercice version courte

Vous voilà au volant du bus que vous avez dessiné tout à l’heure. Vous venez de prendre la route. Direction : la compassion.

Voyez le paysage défiler sous vos yeux (parfois surprenant).

Et observez du coin de l’œil les passagers.

Comment sont-ils installés ?

Qui interagit avec qui ?

Y’a-t-il des personnes qui représentent des parties de vous-même qui sont seules dans un coin (parties vulnérable, anxieuse, timide), d’autres qui essayent d’aider (partie compassionnée), d’autres qui s’énervent ou sèment la zizanie (partie en colère, provocatrice), d’autres encore qui se moquent de la finalité de ce voyage (partie critique),…

Peut-être que le voyage devient plus difficile et malaisé que prévu. Certains passagers restent fermés sur eux-mêmes, d’autres rient nerveusement, peut-être certains se mettent à crier ou à pleurer.

Le moment est alors venu de faire une pause.

Posez-vous les questions suivantes :

  • M’arrive-t-il d’avoir la motivation d’être compassionné pour les autres et aussi pour moi-même ?
  • Quand je ressens de la compassion pour les autres, est-ce facile ou y a-t-il des zones de tension dans mon corps ? Est-ce que des craintes ou des blocages se manifestent ?
  • Quand les autres me témoignent de la compassion, est-ce facile ou y a-t-il des zones de tension dans mon corps ? Est-ce que des craintes ou des blocages se manifestent ?
  • Quand je me donne de la compassion à moi-même, est-ce facile ou y a-t-il des zones de tension dans mon corps ? Est-ce que des craintes ou des blocages se manifestent ?
  • Quels pourraient être les obstacles qui me gênent pour être compassionné avec les autres, pour accepter la compassion des autres, et pour être compassionné avec moi-même ?

Acceptez qu’il n’y ait pas forcément de réponse immédiate.

Le chemin de la compassion est parsemé d’obstacles, et les obstacles sont le chemin.

L’essentiel est d’accepter de visiter des territoires inconnus ou oubliés, de se laisser surprendre et de continuer à apprendre sur soi-même et sur nos relations avec les autres en fonction de ce qui se manifestera du plus profond de nous-même.

Il y a une place pour tout le monde. Il y a une place pour toute expérience.

Vous pouvez prendre encore quelques instants pour reposer sur les sensations, les émotions et les pensées que vous pouvez percevoir au terme de cette nouvelle étape de votre voyage vers la compassion. 

LE BUS COMPASSIONNE – Exercice version longue (format méditation)

Moment d’ancrage.

Quand vous vous sentez prêt, vous allez pouvoir, si vous le souhaitez, vous imaginer au volant du bus que vous avez dessiné tout à l’heure. Pour l’instant, le bus est encore à l’arrêt, le voyage est sur le point de commencer.

Vous avez choisi de commencer votre voyage vers la compassion avec vos passagers, qui représentent probablement différentes parties de vous-même, peut-être aussi des personnes de votre connaissance, de la famille ou des collègues, voire des personnes imaginaires.

Installé sur le siège du conducteur, vous pourriez observer tranquillement qui sont les passagers qui montent à bord. Vous pourriez imaginer que certains représentent différentes parties de vous-même :

  • une partie joyeuse qui prend plaisir au voyage
  • une partie anxieuse inquiète d’être en retard
  • une partie en colère ou frustrée de se retrouver au fond du bus
  • une partie timide qui n’ose pas s’asseoir à côté d’une personne inconnue
  • une partie en compétition ou blasée, qui a déjà tout vu et tout fait, qui veut une bonne place près de la fenêtre
  • une partie compassionnée qui s’assure que tout le monde soit bien installé
  • peut-être aussi d’autres parties de vous-même ou d’autres personnes qui peuvent se manifester juste avant le départ.

Avant même de commencer un voyage, il est important de visualiser sa destination. Peut-être que vous pouvez déjà l’apercevoir d’où vous êtes, comme une chaine de montagnes dont les cimes enneigées étincellent dans un ciel azur. Mais peut-être que vous ne voyez pas la destination, même ça vous paraît vachement loin.

De ce fait, notre destination vers la compassion peut nous apparaître toute proche, déjà familière, à portée de main, ou au contraire, elle peut nous paraître inatteignable. Qu’elle apparaisse proche ou lointaine, c’est en cours de route que l’on pourra vraiment mesurer la longueur du chemin et les difficultés du voyage. Il se peut que votre voyage soit plus long, plus semé d’obstacles que prévu.

A ce stade, alors que votre voyage vient de commencer, vous pourriez prendre quelques instants pour noter les sensations, la tonalité émotionnelle que vous percevez dans votre corps.

Vous conduisez votre bus vers la compassion, déjà depuis quelques temps. Vous vous apercevez que le voyage sera plus long que prévu. Le bus progresse lentement, chargé des bagages emportés par chacun des passagers. Il se peut même que certains de ces bagages pèsent assez lourd. Vous vous rendez compte, ainsi que vos passagers, que ce voyage qui devait être un voyage d’agrément, facile et rapide, se révèle plus difficile et plus malaisé que prévu… Avec force et courage, vous continuez à conduire.

Tout en conduisant, vous prêtez attention à vos passagers, en jetant un coup d’œil dans le rétroviseur :

  • Comment se sont-ils disposés, qui est assis à côté de qui ?
  • Voyant que le voyage sera plus long que prévu, comment chacun d’eux réagit-il ?
  • Peut-être que certains remettent en cause le bien-fondé de ce voyage vers la compassion. Peut-être que d’autres vous encouragent d’un signe de tête ou d’un petit mot gentil.
  • Il se peut même, que le voyage devenant franchement difficile, certains aient peur, se mettent à pleurer ou à crier. Il se peut même que certains se disputent, que la colère se manifeste.
  • Y-a-t-il quelqu’un qui essaye de vous aider, pour s’enquérir si la conduite n’est pas trop difficile, si d’autres passagers ont besoin d’aide ?
  • Peut-être même qu’à bord, quelque chose de tout à fait imprévu peut se produire !

Il se peut alors que vous éprouviez le besoin de vous arrêter sur le bord de la route pour observer gentiment, sans vous juger, ni vous blâmez, ce qui est en train de se passer…

A ce stade, vous pourriez vous poser les questions suivantes, en observant les sensations et la tonalité émotionnelle qui se manifestent alors votre corps :

  • M’arrive-t-il d’avoir la motivation d’être compassionné pour les autres et aussi pour moi-même ?
  • Quand je ressens de la compassion pour les autres, est-ce facile ou y a-t-il des zones de tension dans mon corps ? Est-ce que des craintes ou des blocages se manifestent ?
  • Quand les autres me témoignent de la compassion, est-ce facile ou y a-t-il des zones de tension dans mon corps ? Est-ce que des craintes ou des blocages se manifestent ?
  • Quand je me donne de la compassion à moi-même, est-ce facile ou y a-t-il des zones de tension dans mon corps ? Est-ce que des craintes ou des blocages se manifestent ?
  • Quels pourraient être les obstacles qui me gênent pour être compassionné avec les autres, pour accepter la compassion des autres, et pour être compassionné avec moi-même ?

Après cette pause, vous pourriez souhaiter continuer votre voyage vers la compassion. Votre attitude calme et déterminée au volant apaise peu à peu les passagers inquiets, frustrés ou en colère.

Il se peut que ce voyage semé d’embûches, d’obstacles que vous n’aviez peut-être pas prévus, vous ait amené à vivre des émotions oubliées ou déniées depuis longtemps, comme de la tristesse, de la colère, de la rage ou de la frustration. Peut-être aussi des émotions agréables comme de l’énergie, de la confiance en soi, de l’enthousiasme, le plaisir de progresser, la joie d’arriver tous ensemble au but, sans oublier personne, le fait que chacun ait sa place et se sente accepté tel qu’il est…

Il y a une place pour tout le monde. Il y a une place pour toute expérience. Il n’y a pas à évacuer des passagers. Il y a juste à apprendre à faire une place. Aux ressentis, aux émotions, aux peurs, aux résistances.

Vous pouvez, alors que cette première étape du voyage est proche de son terme, porter les deux mains sur votre poitrine, sur votre cœur, en restant connecté avec les sensations que ces émotions ont pu générer dans votre corps. Et vous pouvez alors observer ce qui se passe à la fois dans votre corps et dans votre esprit avec gentillesse, bienveillance et compassion vis-à-vis de vous-même.

S’il s’avérait, qu’à l’heure actuelle, il vous parait trop difficile de reposer sur ces ressentis, vous pourriez simplement vous connecter à votre désir de vous engager dans un travail pour réduire les résistances à la compassion que vous avez pu rencontrer ou découvrir aujourd’hui. En sachant que cela est tout à fait normal, il n’y a pas lieu de se blâmer ou de se culpabiliser. Ces résistances sont rencontrées par chacun d’entre nous et font partie de l’expérience humaine partagée.

Mais il se peut aussi, qu’à la manière d’un paysage splendide qui se découvre de manière imprévue, à la croisée d’un chemin, vous soyez surpris par cette découverte et que vous puissiez discerner un enseignement essentiel : le chemin de la compassion est parsemé d’obstacles, et les obstacles sont le chemin ! Il est parfois nécessaire de laisser affleurer la souffrance que nous portons en nous pour continuer d’apprendre sur nous-même et de progresser sur notre chemin vers la compassion.

Vous pouvez prendre quelques instants encore pour reposer sur les sensations, les émotions et les pensées que vous pouvez percevoir au terme de cette nouvelle étape de votre voyage vers la compassion. Et demeurer en silence pendant encore une ou deux minutes.

Note pour le thérapeute :

Ce n’est pas un exercice pour se sentir bien.

C’est un exercice pour explorer ses peurs, ses blocages, ses résistances.

Peu à peu le paysage intérieur va se dessiner progressivement, avec une meilleure compréhension des raisons pour lesquelles ces peurs et ces blocages se sont installés. Il deviendra alors possible avec les pratiques ultérieures de se poser au cœur du processus thérapeutique, en demandant à notre self compassionné de nous aider à ressentir que ces peurs et ces blocages font partie de notre humanité commune, et qu’il est possible de commencer à travailler avec ces derniers de manière constructive.

Il est donc normal que ça prenne du temps.

Thomas Busigny
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