Ne pas perdre pied dans un monde qui devient fou

Depuis une semaine, on peut dire que l’humanité a décidé de se lâcher. On sort à peine le nez des restrictions dues au COVID que c’est notre ami Poutine qui décide de déconner à plein tube. Quelles qu’en soient les raisons, quoi que je puisse en penser,  je ne vais pas donner mon avis dessus car je ne suis pas là pour faire de la politique ni militer pour la paix dans le monde. D’autres le font bien mieux que moi. Je suis psychologue, mon rôle est d’œuvrer à la santé mentale de mes concitoyens. C’est donc des outils psychologiques de gestion d’une telle crise que je vais aborder dans ce billet.

Peur, colère, tristesse, empathie… voici les mots que je reçois de mes patients lorsqu’on aborde le drame qui se joue à nos portes. J’ai même quelques appels à l’aide de plusieurs personnes ne sachant plus comment gérer tout cela.

Je dois vous avouer qu’il n’y a pas de recette miracle pour se sentir bien dans un contexte comme celui-ci. La guerre reste la guerre. Elle représente ce que l’humain peut faire de pire. Toutes les émotions qui vous traversent sont normales et saines. Cependant, quelques petites recommandations peuvent vous être utiles pour ne pas sombrer dans le désespoir et continuer d’avancer, sans nier ce qui se passe, sans nier ce que vous ressentez.

La toute première chose à faire est de vous renseigner via des plateformes d’information sérieuses, régulièrement mais pas en continu. Même si la tentation est grande, ne passez pas plus de 15 minutes par jour à vous informer sur la guerre en Ukraine. Chercher à comprendre est un des mécanismes de gestion des émotions très répandu. Cependant, ce n’est pas le meilleur car bien qu’il apaise dans un premier temps, l’excès d’information peut rapidement devenir anxiogène car elle va mobiliser toute votre attention sur un problème que vous ne pouvez pas résoudre.

Vous pouvez bien entendu vous mobiliser pour aider du mieux que vous le pouvez. Sur un plan moral, c’est bien entendu ce qu’il faut faire. Cependant, sur un plan psychologique, bête et méchant, vous ne verrez pas les résultats de vos efforts. Je vous conseille donc de concentrer vos efforts de solidarité autour de vous, auprès des personnes vulnérables ou en difficultés à proximité de chez vous. La guerre en Ukraine n’efface pas la vulnérabilité des personnes proches de chez nous. Bien au contraire, non seulement elle l’accroit mais en plus elle nous la fait oublier.

Faites une pause mentale. La distraction ou utiliser une technique de mur mental (https://www.psyris.be/techniques-de-mur-mental/) permet de ne pas souffrir exagérément de ce qui se passe. Il ne faut bien sûr pas jouer à l’autruche, mais y penser sans discontinuer n’aide personne, ni vous, ni vos proches, ni les Ukrainiens. Si vous êtes immobilisés ou trop impactés par ce qui se passe, offrez-vous des vacances mentales au moins une à deux heures par jour. Dites-vous bien que ce n’est pas nier la souffrance du monde, mais simplement vous permettre, par ce temps de pause, d’être au mieux de vos capacités pour pouvoir gérer cette souffrance lorsque vous en aurez les moyens. Pour ma part, je joue un peu plus souvent de la musique, joyeuse ou amusante, pour réaliser ces pauses mentales.

Prenez également le temps de vous ouvrir à vos ressentis de temps à autre (en dehors de vos pauses mentales). Prévoyez un temps et un espace dédiés à cela. Par exemple le soir à 18h, après votre récolte d’informations. Cela vous permettra de ne pas laisser trop de pression à l’intérieur de vous et de laisser vos mouvements émotionnels de se faire dans un contexte sécurisé. De plus, avoir un lieu et un temps consacrés à cette pratique vous permet, pendant la journée, de renvoyer à ce moment les différentes considérations que vous pourriez avoir. Qu’est-ce que cette pratique d’ouverture aux ressentis ? La plus efficace à utiliser en “auto traitement” est le focusing. Vous trouverez sur cette page la méthode : https://www.psyris.be/ecouter-ressenti-corporel-focusing/ . Elle est très complète, donc je vous conseille de ne faire que les premières étapes, permettant de vous relier à ce qui vous préoccupe vraiment, et de laisser faire, de laisser aller. Si vous n’y arrivez pas seul, n’hésitez pas à vous faire aider par un professionnel.

Pratiquez la compassion comme remède à l’empathie. L’empathie (souffrir comme…) peut rapidement épuiser nos ressources psychologiques alors que la compassion (être peiné de la souffrance d’autrui et vouloir apaiser cette souffrance) nous permet de tenir plus longtemps. Dans un contexte comme celui-ci, comme nous sommes bien démunis pour apaiser la souffrance du peuple ukrainien, un moyen qui est à notre portée sont les différentes pratiques méditatives compassionnelles. Thomas Busigny vous a fait un script de méditation compassionnelle que vous trouverez en bas de cet article.

Bougez, dansez, laissez votre corps s’exprimer ou évacuer le trop plein d’énergie ou d’anxiété par le mouvement. Notre corps a besoin de mouvement pour se sentir bien. Si notre corps se sent bien, notre esprit sera plus détendu et pourra mieux gérer les différentes émotions qui le traversent.

Contactez la nature au moins une fois par jour. Ce qui est formidable avec la nature, c’est son côté détaché de ce qui ne la touche pas directement. Un arbre luttant contre le vent, une mésange se régalant à un distributeur de graines, un chat regardant curieusement un papillon… Si nous choisissons avec un minimum de soin notre coin de “restauration” (évitez les décharges et autres dépotoires alimentés par des congénères humains peu scrupuleux), celui-ci, quel que soit le temps et la saison, fera un excellent contrepoids à la folie humaine.

Gardez bien à l’esprit qu’il est presque impossible de rester de marbre face à une situation comme celle-ci. Tout ce que nous vous proposons ne vous rendra pas votre zénitude si chèrement gagnée. Tout ce que nous souhaitons est que cela puisse vous permettre de rester en équilibre ou de le retrouver, aussi fragile soit-il.

Méditation compassionnelle – Thomas Busigny

Portez attention sur votre poitrine, sur votre cœur. Le cœur est la clé de l’amour et de la compassion. En portant attention à ce cœur qui bat, songez au caractère fragile et précieux de la vie.

Nous devons tous composer avec certaines réalités. Le vieillissement, la maladie, la séparation, la mort. Ces moments sont puissants parce qu’ils ouvrent notre cœur à ce qui compte fondamentalement.

Explorez votre vie avec compassion, clémence et amour. Il est possible que vous vous critiquiez, que vous vous jugiez, que vous soyez dur avec vous-même. Il est possible que vous témoignez plus facilement de l’amour aux autres. Il est possible que vous ayez du mal à ressentir de l’amour pour vous-même. Pourtant, cet amour est là, à l’intérieur. Et pour pouvoir le diffuser autour de vous, vous devez d’abord le reconnaître à l’intérieur de vous.

Explorez les qualités puissantes de l’amour, un amour infini, comparable au soleil qui illumine tous les êtres vivants sans exception. Faites pénétrer cet amour dans votre cœur, votre peau, vos cellules, tout votre être. 

A présent, je vous propose de vous ouvrir à chacune des phrases suivantes pendant quelques instants, en les laissant vous imprégner.

Que je sois en sécurité.

Que je sois en bonne santé.

Que mon corps et mon esprit soient apaisés.

Que je sois en paix.

Puis, étendez le champ de l’amour bienveillant à un, voire plusieurs, bienfaiteurs, des personnes qui vous inspirent, en répétant les mêmes phrases :

Que mes bienfaiteurs soient en sécurité.

Que mes bienfaiteurs soient en bonne santé.

Que leur corps et leur esprit soient apaisés.

Qu’ils soient en paix.

A présent, étendez petit à petit le champ de votre amour bienveillant à vos proches, vos êtres chers, des membres de votre famille, des amis :

Que mes proches et mes êtres chers soient en sécurité.

Qu’ils soient en bonne santé.

Que leur corps et leur esprit soient apaisés.

Qu’ils soient en paix.

A présent, songez à ceux et celles qui ont moins de chance que nous dans la vie, en accueillant dans notre cœur ces personnes qui souffrent. Élargissons notre champ d’amour à tous ces êtres. Aux personnes malades, aux victimes de catastrophes ou de guerres, à ceux qui ont faim et n’ont pas de toit. Qu’ils soient aussi en paix.

Étendons notre amour bienveillant à tous ceux qui sont isolés, perdus, qui ont baissé les bras. Ne délaissons personne. Que tous ceux qui souffrent soient en paix.

Développons cette énergie bienveillante qui brille à l’intérieur de nous pour qu’elle brille et rayonne sur tous les êtres. Qu’ils soient grands ou petits, faibles ou forts, visibles ou invisibles, proches ou lointains.

Que tous les êtres soient en sécurité.

Que tous les êtres soient en bonne santé.

Que leur esprit et leur corps soient apaisés.

Que tous soient en paix.

Déployons en nous cet amour infini, pour nous-même et pour tous les êtres. 

Face aux catastrophes, aux guerres, à la haine, nous nous sentons souvent démunis. Peut-être vous dites-vous que vous ne savez pas quoi faire, que tout cela vous dépasse, que vous vous sentez impuissant face à toute cette haine.

Vous n’êtes pas impuissant.

Observez ce que vous ressentez. Observez quelles sont les valeurs en vous qui sont ébranlées.

Si c’est l’amour, agissez avec amour.

Si c’est la justice, agissez avec justice.

Si c’est la bonté, soyez bon.

Si c’est l’ouverture, agissez avec ouverture.

Si c’est la tolérance, soyez tolérant.

Si c’est l’entraide, soyez aidant.

Si c’est l’humanité, agissez avec humanité.

Ce ne sont pas les grandes choses qui changent le monde. C’est la somme des petites choses qui est importante. C’est la somme de toutes nos attitudes, de toutes nos paroles, de tous nos gestes qui font l’humanité. C’est la somme de tous ces petits riens qui fait la grandeur du monde. Chaque chose que vous pensez, chaque mot que vous dites, chaque geste que vous faites est une graine que vous semez. Si l’on sème autour de soi un jardin d’amour et de valeurs, il n’y aura pas de place pour que poussent la haine et l’intolérance.

Chaque matin, pensez à vous relier à vos valeurs. Avant de vous lancer à corps perdu dans votre journée et dans tous les objectifs à atteindre, prenez un peu de temps pour vous asseoir et vous connecter à votre amour, à vos valeurs.

Comme si vous allumiez une bougie qui va briller toute la journée et vous éclairer vous, mais aussi vos proches, les gens qui vous entourent, le monde.

On a souvent tendance à laisser notre esprit occupé par des pensées négatives, par des choses de moindre importance. N’hésitez pas à prendre du temps dans votre quotidien pour remettre au centre de votre vie ce qui a vraiment de l’importance. Incarnez vos valeurs, vivez-les, transmettez-les. C’est le plus beau cadeau que vous puissiez vous faire, et faire au monde.

 

Egide Altenloh
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Dominique
2 mois il y a

Merci pour ce beau billet! Revenir à l’essentiel pour rester acteur de notre vie, du mieux que nous le pouvons et malgré tout se qui se joue, hors de notre contrôle.
Revenir au corps , libérer le mouvement pour que les émotions puissent s’exprimer, plutôt que s’imprimer. C’est aussi mon mode d’emploi 🙂

Christel
Christel
2 mois il y a

Merci beaucoup Thomas et Égide pour ces bonnes pistes… la guerre après ces deux années de folie covid ça fait beaucoup oui et ne pas oublier de se ressourcer pour pouvoir continuer à aider c’est essentiel … merci pour vos pistes et j’espère à bientôt sur nos chemins de route …

Toussaint Fabienne
2 mois il y a

Merci à tous les deux pour ces conseils rassurants , cependant j’avoue que la peur me procure des angoisses …

Garcia
Garcia
2 mois il y a

Merci Thomas pour ce texte qui aide infiniment