Enracinement dynamique, connexion à la terre : qu’est-ce que c’est ?

L’enracinement dynamique est un terme souvent utilisé dans les approches bio-énergétiques. Comme souvent avec le terme « énergétiques » dans le titre, cette approche du soin est rejetée massivement par les scientifiques. A tore ou à raison, ici n’est pas le débat. Si on regarde d’un peu plus près et que l’on évacue la terminologie ésotérique si chère à ce type d’approches, l’enracinement est un concept très riche et particulièrement inspirant pour toute personne qui cherche un peu de stabilité émotionnelle dans la tempête.

Enracinement dynamique : Que signifie être enraciné, relié à la terre ?

Notre famille détermine la façon dont nous trouvons notre terreau, notre terre, notre territoire. Si nous n’avons pas notre lot de contact physique et de « bras », nous aurons de grandes difficultés à être sûr de soi émotionnellement, on ne pourra pas s’appuyer sur la terre qui, oui, nous porte mais… nous ne sentirons plus ce soutien de base, et nous n’aurons pas confiance en ceux sur qui nous devrions compter.  Il arrive que les personnes qui n’ont pas été suffisamment “soutenues” aient peur de tomber et se tiennent dé facto “loin de la terre”. D’autres, honteuses ou n’appréciant pas leurs réponses corporelles se tiennent souvent à l’écart des autres.

Être non connecté à la terre est dangereux dans ce monde. Le degré de flexible avec laquelle nous nous rapprochons et/ou nous éloignons de la terre joue un rôle important dans notre vie. Certaines personnes semblent accompagner leur corps un peu comme si elles étaient un perroquet perché sur une épaule. D’autres traitent leur corps comme un véhicule, une possession, un peu comme un cheval de location bringuebalé par monts et par vaux et abandonné à l’écurie le voyage terminé. Le corps est maîtrisé, exercé régulièrement, mais le plaisir est surtout une affaire d’égo. Le cavalier et la monture semble n’être qu’un mais il n’y a pas de coeur dans la relation. Comment peuvent-elles être enracinées avec autant de réticence à entrer pleinement dans leur corps ?

Ne pas être relié à la terre conduit à une instabilité un peu comme si on marchait toute notre vie sur un matelas d’eau. Nous manquons de fondations solides. Nous devenons alors des brindilles, déconnectés de nos émotions et des autres. Une personne non reliée à la terre voyage peu consciente de son environnement et des sentiments des autres personnes qui peuplent celui-ci.

Une telle personne va manquer de confiance en soi et aura une tendance à perdre le peu de confiance qu’elle peut avoir au moindre vent un peu fort. Une personne non enracinée s’accrochera à ses idées de façon rigide ou lâchera prématurément celles-ci pour éviter le conflit.

Les guerriers, les pratiquants d’arts martiaux et les athlètes portent une attention importante à l’enracinement pour poser fermement leur pied sur le sol et trouver l’équilibre. Cependant, s’enraciner comme un arbre n’est pas suffisant, il faut encore pouvoir se mouvoir et rester connecté à la terre. Enfoncer ces racines et pouvoir les retirer. Je pense à ces personnes qui voyage souvent et qui font de chaque chambre d’hôtel leur chez soi. A chaque nouvel atterrissage, elles déballent complètement leurs affaires et disposent les photos de leurs proches sur la table de nuit. Si nous étions des loups, nous marquerions notre territoire en urinant aux quatre coin de la pièce. Si nous étions des chiens, nous établirons notre cercle de sûreté en tournant sur nous-mêmes avant de nous coucher à terre. Établir notre territoire et mettre en place nos barrières de protection fait partie de cet enracinement dynamique.

Une personne enracinée sent et montre, par son attitude, qu’elle à le droit de se tenir là, d’être là, d’être entendue dans son silence et respectée dans la voix.

Une personne enracinée, connectée à la terre, n’a pas besoin de parler pour se faire entendre alors qu’une personne qui ne l’est pas pourra parler sans discontinuer sans pour autant arriver à se faire entendre. Être enraciné mène inévitablement à la construction d’une zone de sécurité permettant de se mettre à l’abris des intrusions indésirables. Être connecté à la terre est le pré-requis à toute « centration », toute « respiration libre », tout « alignement », à toute « pleine présence ». Si nous aimons certaines personnes et cherchons des relations pacifiées avec notre environnement physique et social autour de nous, notre attention aux frontières augmente notre conscience dans la relation de façon à s’y impliquer de façon respectueuse et non intrusive. Nous sommes alors curieux, plus qu’anxieux, du jeu subtil de l’éloignement et du rapprochement.

Etre connecté à la terre est une fondation solide sur laquelle on peut passer avec flexibilité d’un pôle à l’autre et, mieux encore d’intégrer les deux dans un mouvement d’alternance. Il est important de ne pas se rigidifier non plus dans la terre. Autant voyager la tête dans les nuages en permanence peut être planant, permet de se sentir supérieur, haut-quelque-chose, « hyper » et déconnecté de la réalité, autant voyager constamment « en profondeur » peut amener le moral vers le bas, où le sentiment d’infériorité règne en maître et peut, à la longue, nous faire mordre la poussière.

Quelle est la différence avec la pleine conscience ?

La différence se situe au niveau du paradigme de ce qui constitue l’expérience humaine. Dans la pleine conscience, l’expérience humaine est abordée comme des unités différenciées : la conscience, les pensées, les sensations, les émotions et ainsi de suite. Dans l’enracinement, le corps est un tout. La conscience, les pensées, les sensations, les émotions etc. ne sont que des manifestations corporelles. Lorsque la pleine conscience renvoie à quitter le faire pour entrer dans l’être, l’enracinement, lui, renvoie à l’incarnation du corps vivant relié à l’essence de ce qui la vie. La différence peut paraître subtile intellectuellement, mais dans la pratique, l’expérience est totalement différente.

Comment fait-on pour être si déconnecté de la terre ?

Au cours de notre développement, nous avons sans doute été confronté à des défis trop difficiles pour être accomplis de façon satisfaisante. Peut-être avons nous appris à être autonome, mais sans la confiance inhérente à une autonomie ancrée dans la relation à soi, à la terre et à aux autres « soi’s » qui la peuple. Une forme d’autonomie désincarnée, répondant à des croyances plus qu’à l’évidence que nous rappelle constamment notre corps.

La connexion à la terre est en relation étroite avec … la terre. Elle se réalise dans une acceptation pleine et entière de la force de gravité et en apprenant à s’y mouvoir avec fluidité. Cependant, nous ne sommes pas « enracinés » comme les arbres. Nous sommes plus en contact avec la terre comme une roue peut l’être, dans un mouvement sensible et harmonieux épousant chaque aspérité du terrain.
Marcher, par exemple, est une collaboration des deux jambes comme partenaires complémentaires et la terre comme soutien et accueil non-possessif : on pousse « sol-idement » un pied « dans » la terre et lève l’autre pied pour avancer.
La connexion à la terre est une question de lien, mais pas seulement de la roue qui touche la terre, aussi de la connexion qui traverse les rayons de celle-ci. Nous ne pouvons pas être simplement enraciné ou déraciné. « Envoyer » son énergie vers le bas, dans les jambes et les pieds ne résoudra n’est pas assez. Nous sommes bien plus complexes que cela et vivons dans les polarités qui ne peuvent être reniés. Nous cherchons autant à atteindre les étoiles que les racines à se plonger dans la terre.

Aussi longtemps que nous refuserons de nous relier aux autres, au monde extérieur ainsi qu’à notre monde intérieur nous laissons dans l’ombre des parties fondamentales de qui nous sommes, en les cachant, en les désavouant, en les réprimant pour finalement nous déconnecter de notre essence naturelle. L’enracinement, la connexion, nécessitent d’honorer tout ce qui compose notre nature et pas seulement certaines parties de celle-ci car « c’est comme cela qu’on a toujours fait » ou bien que ce n’est pas « politiquement correct ». Il existe de nombreux moyens de rester connecté à soi, aux autres et au monde sans transgresser les règles, ou du moins sans que nos transgressions débouchent sur un rejet ou une mise à l’écart. Quand nous nous concentrons sur le moyeu de la roue, nous sentons les bords de notre être à travers une connexion détendue à l’environnement physique et social et jouissons, du moins momentanément, d’un sentiment de plénitude qui s’étend bien au-delà de nous-mêmes.

Inspiré de The Body In Recovery de John P. Conger, pages 61, 62, 63.

Egide Altenloh
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