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Écouter le ressenti corporel – Focusing

L’origine du Focusing

En 1969, Eugene Gendlin, collaborateur proche de Carl Rogers, publia une échelle d’expérience de soi

Cette échelle permettait à de tierces personnes d’évaluer les verbalisations des patients en thérapie  : est-ce que le patient parle de façon impersonnelle, en des termes abstraits et distanciés, de choses déjà passées ou à venir ? Ou est-ce qu’il dévoile plus de ses sentiments, plus en détail, de façon plus concrète ? Ou est-ce que ses mots ont encore plus de fraîcheur, en décrivant ce qui émerge dans l’instant, sans que le client ne sache vers où cela le mène ?

Il a découvert qu’en mesurant le niveau de cet « Experiencing » au début de la thérapie, on pouvait prédire le degré auquel le client allait profiter de cette thérapie…

Ensuite, il formalisa ce que les clients à succès faisaient autrement que les clients qui ne profitaient guère de la thérapie, avec comme objectif de pouvoir enseigner cette « clé du succès » à d’autres patients.

C’est ainsi qu’est né le processus qu’on connaît aujourd’hui sous le nom « Focusing ».

Le ressenti corporel (felt sense)

Gendlin différencie le ressenti corporel des émotions. Pour Gendlin, les émotions sont facilement identifiables, il y en a un nombre relativement limité et l’on peut facilement les nommer. Or le panorama intérieur des sensations est quasiment illimité. Le ressenti corporel est bien plus difficile à identifier, or, il est la manifestation et la réponse corporelle à nos préoccupations.

Chaque ressenti corporel est unique et, habituellement, nous ne savons pas exactement à quoi il se rapporte. Le ressenti a sa propre signification et est tellement plus complexe qu’une émotion discrète que nous pouvons difficilement l’exprimer avec des mots ou les catégories usuelles que l’on utilise pour les émotions.

Un ressenti corporel contient souvent des émotions, parfois plusieurs. Si une émotion est présente, on laisse le ressenti corporel former un sens plus large de ce qu’il y a sous ou tout autour de l’émotion.

Le ressenti corporel est une réponse holistique et implicite en rapport à une situation complexe. Il contient beaucoup de choses, dont des émotions, mais pas que.

L’intérêt du ressenti corporel est que, par rapport à une situation complexe, il contient plus d’information que la réflexion mentalisée, ce qui n’est pas le cas d’une émotion, plus simple et prototypique. Par exemple, lorsque nous agissons sous l’emprise de la colère, nous le regrettons souvent plus tard car nous avons réagi à une interprétation simplifiée, prototypique, et incomplète de la situation. Nous avons eu une réponse émotionnelle. Si nous explorons cette situation avec calme, nous pouvons plus facilement embrasser cette situation dans toute sa complexité. En d’autres mots, le ressenti corporel est bien plus complexe qu’une émotion et contient plus d’informations, en un seul ressenti, qu’une représentation rationnelle peut offrir.

Cela ne signifie pas que l’expression d’une émotion n’est pas aidante. L’expression d’une émotion peut être utile si c’est une émotion qui n’a pas été exprimée par le patient dans le contexte qui le préoccupe, comme une émotion adaptative (ex. tristesse) dans le contexte donné (ex. deuil) à la place d’une émotion non adaptée (ex. colère). Cependant, lorsqu’une émotion familière se présente, il est parfois plus utile de se reporter au sens corporel de voir ce qu’il y a au-delà de l’émotion, non loin de l’endroit où se trouve cette émotion dans le corps.

Un des grands avantages à utiliser le ressenti corporel pour explorer des problèmes chroniques par exemple est qu’il amène avec lui la fraîcheur de l’expérience unique de l’instant à la perception que nous pourrions avoir d’une situation qui pourrait nous paraître répétitive et familière.

En s’ouvrant à ce qui n’est pas clair dans une émotion apparemment familière, et en laissant le ressenti corporel s’y attarder, un sens de l’expérience nouveau, riche, et pertinent se présente de soi-même, de nouvelles relations se tissent avec la situation, de nouvelles fonctions émergent du ressenti qui sont souvent plus innovantes que nos anciens schémas d’interprétation. Laisser la main au ressenti corporel permet à cette forme “d’intelligence corporelle” de se révéler et d’éclairer une situation complexe sous un jour nouveau, riche, sensible et nuancé.

Les avantages de la pratique du Focusing dépassent “l’analyse sensorielle” d’une situation. Plus nous explorons notre monde intérieur avec le ressenti corporel, plus nous découvrons que nous n’avions pas accès directement à toute la richesse, la nuance et la complexité d’une situation à travers notre analyse rationnelle ou notre réaction émotionnelle. Nous découvrons peu à peu que nous ne tenons pas de vérité absolue et qu’il y a toujours plus d’informations que nous ne le pensions. Cette expérience, qui vient avec la pratique, nous amène progressivement à relativiser le label de vérité que peut nous vendre notre esprit lorsqu’il nous dépeint une situation. Cela a pour conséquence de réduire notre attachement à nos interprétations et à nos jugements pour fluidifier nos relations avec nous-même et les autres et améliorer notre capacité à résoudre des conflits inter- ou intrapersonnels. Non-dépositaire d’une quelconque vérité, nous voilà plus réceptif au feedback et plus prompt à agir dans le respect et la compréhension d’une posture qui nous paraissait auparavant incompréhensible et intolérable. Revenir au ressenti corporel nous permet de développer des relations riches, respectueuses, créatives avec soi et le monde. Le temps passé à respecter le déploiement du ressenti corporel et à dialoguer avec lui permet d’agir avec plus de maturité.

Le focusing – comment faire ?

Cet exercice n’a pas la prétention de vous apprendre toutes les subtilités de cette approche thérapeutique psycho-corporelle. Il se propose, par contre, d’explorer des thèmes ou des questions ou encore des conflits ou des blocages d’une façon plus sensorielle et de « laisser le corps parler ». L’objectif est d’ouvrir le patient à d’autres informations, plus corporelles, afin de préciser ou changer sa perspective d’une difficulté qu’il rencontre.

Script et mise en place

Cet exercice se déroule en 6 parties.

Le script est relativement complet. Dans la pratique il est possible de faire plus court ou, si le patient est habitué à cette technique, de faire appel au ressenti corporel en cinq questions :

« Comment votre corps répond-il à ce contexte, à ce problème, qu’elle est le ressenti global ? »

« Si ce ressenti était une image, que dessineriez-vous ? »

« Si ce ressenti pouvait s’exprimer à travers un son à quoi ressemblerait-il ? Faites-le. »

« Si ce ressenti avait un mouvement intérieur, à quoi ressemblerait-il ? » Faites-le avec vos mains. »

« De quoi a-t-il besoin ? »

Cependant, si vous n’avez pas l’habitude de pratiquer le focusing, nous vous conseillons de tester le script complet plusieurs fois afin d’en comprendre le mécanisme avant de vous en libérer.

Script complet

Créer un espace dégagé (ou nettoyer l’espace)

Cette prémisse au travail sert à “ranger un peu” l’expérience en faisant le tri de ce qui est présent pour permettre au ressenti de choisir ce qu’il souhaite aborder.

« Prenez le temps de vous installer, de faire doucement le silence et de revenir à vous. Respirez calmement, prenez un moment pour vous détendre. Simplement. Cet exercice est un moment juste pour vous, un moment doux et silencieux. »

« A présent, je vous invite à porter votre attention à l’intérieur de vous, dans votre corps, dans la poitrine et le ventre, la gorge et le visage. »

« Ressentez simplement ce qui est présent. Je vous propose de vous répéter la question suivante, sans y répondre, en laissant simplement celle-ci raisonner dans votre corps et en vous permettant de ressentir chaque mot :

« Comment vais-je aujourd’hui ? Qu’est-ce qui est important pour moi actuellement ? ».

« Ne répondez pas à la question. Permettez-vous de ressentir avec tout votre corps cette question. Laissez celui-ci répondre. Ne réfléchissez pas à propos des réponses qui peuvent venir. Si une inquiétude se présente, observez simplement celle-ci, notez sa présence, restez au niveau des sensations de celle-ci, du mieux que vous pouvez, n’entrez pas dans le langage, dans la rumination autour de cette inquiétude. Donnez le temps à votre corps d’y répondre à sa façon à lui. Donnez-vous le temps de pouvoir l’entendre. »

« Continuez à explorer ce que vous ressentez :

« Qu’est-ce que je ressens d’autre ? Qu’est-ce qui est présent maintenant dans mon corps ? Et laissez émerger, sans effort, ce qui se présente. »

Le sens corporel

« Parmi les choses qui se sont présentées, sélectionnez une inquiétude, un problème, afin de porter votre attention dessus. N’analysez pas le problème, ressentez-le avec votre corps. Expérimentez sa présence sensorielle dans votre corps. Il y a tellement de choses qui peuvent venir à l’esprit quand on réfléchit à une inquiétude qu’on ne peut les appréhender qu’une à la fois. Il vous est cependant possible de pouvoir les ressentir toutes en même temps, comme une sensation globale. Portez votre attention où vous ressentez la présence de ce problème habituellement et à cet endroit, vous pouvez avoir une impression générale de cette sensation globale de la façon dont votre corps répond à ce problème. Permettez-vous de ressentir cette sensation diffuse de tout cela. »

« Lorsque vous la percevez, dites-lui bonjour, et observez comment elle vous répond. »

Symboliser

« Quelle est la qualité principale de cette sensation globale et diffuse ? »

« Laissez le ressenti corporel faire évoluer cette qualité vers un symbole.  Un geste ? Un son ? Une image ? Un mot ou une phrase ? Cela peut être une qualité, comme serré, collant, effrayant, coincé, lourd, saccadé ou une phrase, ou encore une image. Sentez-vous libre de rester en contact avec la qualité de ce ressenti jusqu’à ce que vous trouviez sa juste représentation, celle qui vous semble la plus adéquate. »

Résonance

« Faites des allers et retours entre le symbole et le ressenti. Remarquez comment ils résonnent ensemble. Observez si un signal corporel subtil, comme un mouvement différent, une ouverture, une détente, vous indique qu’ils s’accordent. Pour ce faire, continuez à explorer le ressenti corporel et le symbole, en faisant des allers et retours, encore, avec douceur et du mieux que vous le pouvez.”

“Au besoin, laissez le ressenti corporel modifier le symbole pour mieux s’y adapter. Faites cela jusqu’à ce que vous trouviez la juste résonance, faites cela jusqu’à ce votre sensation corporelle et sa qualité vous semble d’une justesse évidente, accompagnée d’un changement. »

Questionnement

« Posez-vous la question : quel est le lien entre ce contexte, ce problème et ce ressenti ? Assurez-vous que la qualité sensorielle est toujours présente et pas seulement le souvenir de celle-ci ou la représentation de celle-ci. Ressentez la qualité, ne la mentalisez pas. »

« L’objectif est que la réponse vienne de ce ressenti corporel (depuis la perspective de ce ressenti) et pas de la tête. »

« Lorsque vous la ressentez vivace, posez une main dessus, touchez-la avec bienveillance et demandez-lui :

Qu’est-ce qui dans ce contexte problématique évoque participe à ta présence ?

Comment souhaiterais-tu que cela se passe ? »

« Laissez les réponses venir. Notez simplement leur émergence, et répétez-vous la question :

Qu’est-ce qui, dans ce contexte problématique, participe vraiment à ta présence ?

Comment souhaiterais-tu vraiment que cela se passe ?

« Respirez à l’intérieur de cette sensation en y amenant la question. »

« Maintenez un contact doux et bienveillant avec cette sensation à travers le toucher. Prenez le temps de respirer et de ressentir pleinement le sens corporel avec tout être. Maintenez votre attention aiguisée pleinement centrée sur lui. »

« Qu’est-ce qui, dans ce contexte problématique, a vraiment évoqué ta présence ? »

« Comment souhaiterais-tu vraiment vraiment que cela se passe dans ce contexte ? »

« Continuez ainsi jusqu’à ce que quelque chose de nouveau arrive, quelque chose de l’ordre du changement, du don ou de l’ouverture. »

« Ensuite, vérifiez de nouveau si ce qui vient comme réponse résonne avec le ressenti et si de nouveau il y a quelque chose qui s’ouvre ou se détend un peu plus. »

« Si rien ne vient, c’est très bien aussi. Il n’y a pas de chose particulière à ressentir, seulement de la douceur envers soi-même à cultiver dans ce moment. »

Recevoir

« Accueillez ce qui se présente avec gentillesse. Restez avec ceci un petit temps, comme si vous étiez assis sur un banc, à ses côtés. Respirez tranquillement en harmonie avec ce ressenti. Même si ce n’est qu’une petite libération, restez avec celle-ci un moment. Il est possible qu’il y en ait d’autres. Il est possible que non. Restez simplement avec ce qui est et ouvert à ce qui pourrait être sans chercher à être ou à ressentir quoi que ce soit de particulier. »

Conseils

Quand on utilise le Focusing en binôme (le thérapeute accompagne le patient), le thérapeute, lorsqu’il guide ou interagi en dehors du script avec le patient, peut prendre deux voies :

  • Reprendre les mots importants utilisés par le patient lui-même (plutôt que d’utiliser une reformulation de ceux-ci). Ceci renforce le focus expérientiel (venant du corps), plutôt que contenu mental (venant de la tête). C’est aussi la manifestation d’un respect pour la façon dont le patient s’exprime. Un respect que l’on trouve encore plus explicitement dans de « Clean Language » de David Grove (cf. article à venir).
  • Refleter l’aspect expérientiel qu’il sous-entend dans ce que le patient lui dit. À ce moment-là, le thérapeute utilise son lexique personnel, tout en demandant au patient si ces mots-là « résonnent » avec ce qu’il ressent.
Egide Altenloh
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Exercice pleine conscience et acceptation | Les sons et la musique

Lorsque je me suis marié, le choix des musiques a été un moment important des préparatifs, encore plus important que les discours, en tout cas, pour ma part. Ma femme et moi avons passés beaucoup de temps à choisir les musiques qui rythmeraient la cérémonie. Nos amis ont faits une chanson pour nous dire tout ce qu’ils nous souhaitaient de bons dans la vie.

Depuis que nous marchons sur cette terre, la musique nous accompagne. Elle rythme nos vies, nos rituels, nos engagements. Des hymnes nationaux aux musiques qui ont traversé les siècles, la musique rassemble. Notre corps s’anime sur une musique qui lui parle. Oui, la musique est un un moyen de communication exceptionnel qui sert de vecteur à des émotions parfois puissantes pour la personne qui l’écoute.

Certains sons, comme les clochettes ou les bruits sourds, peuvent également évoquer des représentations difficilement décryptables par le langage.

Pourquoi la musique a-t-elle un impact si fort sur nous ?

Porges en donne une explication intéressante dans l’article suivant Porges Music Therapy 

En substance, Porges affirme que la musique stimule notre système d’engagement social et par là même va mettre en activité notre corps, tant sur le plan comportemental que physiologique. Nous sommes plus ouverts, calmes et en mesure de mieux réguler nos émotions. Cela est excessivement résumé, et je comprendrais les experts qui s’insurgeraient de ce raccourci. Cependant, cet article n’a pas pour objectif de décrire la théorie polyvagale. Cet article propose différents moyens d’intégrer l’utilisation des sons et de la musique en thérapie.

Dans une approche ACT (Thérapie d’Acceptation et d’Engagement) la musique permet de diminuer l’emprise du langage sur le vécu émotionnel et favorise une exploration moins filtrée des émotions par le patient. Le travail des sons et de la musique est une excellente introduction aux formes de thérapies plus psychocorporelles. De plus, cela met une ambiance particulière dans la session avec la personne. L’ambiance est non seulement détendue, mais elle permet aux émotions de se manifester. A vous, thérapeutes ACT ou autres, d’en tirer avantage pour en faire un moment thérapeutique.

Les façons d’utiliser les sons et la musique en thérapie sont très nombreuses. Nous nous limiterons ici à des pratiques facilement transposables dans de nombreuses formes d’accompagnement.

La musique

Dans la salle d’attente, déjà, vous pouvez induire certaines humeurs en choisissant une musique appropriée.

Dans votre cabinet de thérapie vous pouvez aussi passer une petite musique de fond, propice à ce que vous souhaitez travailler avec la personne. La musique calme n’est pas une règle, vous pouvez aussi proposer une musique plus énergique pour travailler l’assertivité, la mise en mouvement, l’expression de la colère.

Une façon très agréable pour le praticien et le patient d’utiliser le support musical est de demander au patient de faire une sélection de 45 minutes de musique qui représente son parcours de vie ou sa relation particulière avec un événement plus précis de sa vie.

Vous pouvez demander au patient d’apporter une chanson ou une musique particulière qui exprime son ressenti par rapport à sa problématique et utiliser cette piste audio pour explorer plus en profondeur celui-ci.

Vous pouvez aussi demander au patient de trouver une chanson ou une musique qui représente ce qu’il ressentirait quand il n’aurait plus besoin que vous l’aidiez et développer, à travers le ressenti, les ressources nécessaires pour arriver à cela.

Si vos patients sont musiciens eux-mêmes, proposez-leur d’écrire ou de vous jouer un morceau qui représente ce qu’ils vivent actuellement. Puis, proposez de changer le rythme, sans changer les notes, pour décrire ce qu’ils souhaiteraient.

Si vous avez des patients ouverts aux pratiques non-verbales, vous pouvez également leur proposer de symboliser à travers le corps et le mouvement les différentes transformations du ressenti sur la musique de leur choix. C’est bien de la danse, mais ne parlez pas de danser car la plupart des gens s’inhibent lorsque le mot “danse” est prononcé. Sans devoir mobiliser tout le corps, le patient peut utiliser uniquement ses mains et ses bras, ou encore tout le haut du corps, c’est-à-dire les zones corporelles les plus souvent entraînées à la communication non-verbale.

Pour ceux qui souhaite approfondir la musique comme outil d’accompagnement dans le processus thérapeutique, nous recommandons les travaux de Helen Bonny, sur l’imagerie guidée et la musique (GIM).

D’autres approches utilisent aussi la musique comme vecteur d’approfondissement émotionnel, comme la technique de respiration holotropique de Stanislav Grof, co-fondateur de la thérapie transpersonnelle. Cette pratique est beaucoup moins douce que celle de Bonny et nécessite un accompagnement professionnel. Ne vous y lancez pas si vous n’êtes pas à l’aise avec les manifestations émotionnelles « théâtrales ».

La manifestation théâtrale des émotions n’est pas un critère de qualité ou de profondeur du travail émotionnel. Une certaine activation émotionnelle est nécessaire pour s’assurer que les émotions soient bien activées, mais ne cherchez pas à ce que vos patients soient pris de convulsions et aient la mousse à la bouche. Franchement, ce n’est pas nécessaire.

Le son de la voix

La voix est un instrument de musique très polyvalent. Les sons que la personne produit peuvent être utilisés comme un moyen alternatif au langage pour explorer son vécu intérieur.

En ACT, on propose parfois de prendre une voix de dessin animé pour pratiquer la défusion par rapport à certaines pensées. Ici, nous allons utiliser uniquement la prosodie pour communiquer, c’est-à-dire que nous allons dégager le discours de tous les mots compréhensibles et n’utiliser que les inflexions, les tonalités, le rythme, l’accent et d’autres modulations que nous utilisons habituellement pour accompagner notre discours.

L’idée qui sous-tend cette pratique est de revenir à une expression plus fine et contextualisée des émotions, comme si notre histoire était une musique particulière, comme si notre voix était l’instrument qui raconte cette histoire, sans avoir besoin de mot. Il n’est pas nécessaire d’adopter une voix “pleine” et de déployer toute la puissance de la voix dans le cabinet. Cet exercice est destiné uniquement à maximiser le contact avec le vécu émotionnel. Si d’autres fonctions antagonistes à cet objectif se manifestent, ne poursuivez pas plus loin pour cette fois.

Pour les plus audacieux, il est possible de mettre le corps et la voix en mouvement, comme dans les exercices de théâtre.

CONCLUSION

Quelle que soit la façon dont vous allez utiliser les sons et la musique, la façon d’exploiter cette forme de communication est de partir du corps et de ce qu’il ressent pour aller, ensuite seulement, vers plus d’élaboration cognitive, voire d’extraire des valeurs importantes pour la personne.

Bonus : Le processus d’Imagerie Guidée et Musique (GIM)

Nous ne souhaitions pas vous laisser sur votre faim. Voici un petit résumé du processus de Helen Bonny. 

L’intervention en imagerie guidée et musique utilise des présélections musicales, principalement des musiques du registre classique, comme un guide ou un facilitateur pour évoquer des réponses émotionnelles chez la personne qui les écoute. Ces réponses peuvent prendre différentes formes : des images, des symboles, des sensations, des souvenirs, des sentiments, des métaphores ou encore ce que Bonny appelle des expériences transformatives, qui sont le coeur des sessions psychothérapeutiques.

Le processus formalisé par Bonny comprend cinq grandes étapes : le prélude, la relaxation, le thème, la session d’imagerie/musique et le postlude.

Prélude

Cette partie est ce que vous faites habituellement lors des premiers rendez-vous : Rencontrer la personne, développer son histoire de vie, savoir pourquoi elle vient vous voir, quels sont ses objectifs thérapeutiques. Rien de bien sorcier en soi.

Relaxation

Au cours de cette phase, l’accompagnant induit un état de relaxation chez le patient à l’aide d’outils qu’il maîtrise. Au choix, vous pouvez utiliser des exercices de respiration ou encore la procédure de relaxation progressive de Jacobsen. L’objectif est de préparer le patient au “voyage” en diminuant ses réponses kinesthésiques et en favorisant un état de conscience ouvert et profond, centré sur les perceptions auditives et visuelles, diminuer la tendance à “réfléchir” à propos de l’expérience et d’habituer le patient à la voix de l’accompagnant.

Le thème

Une situation, une image un endroit est pris comme point de départ. La musique est choisie en fonction du parcours thérapeutique le plus cohérent par rapport aux objectifs thérapeutiques du patient. Cette façon de faire permet de rendre le “voyage” adapté aux besoins du patient qui va auto-générer son scénario. 

La session d’imagerie/musique

Nous sommes ici au coeur du processus. L’accompagnant se tient près du patient. Le patient décrit verbalement les images qui viennent à lui au fur et à mesure que la musique se déroule. Le rôle de l’accompagnant est de faciliter le processus et permettre aux images et aux expériences de continuer à se déployer. Ni plus, ni moins. En tout cas dans l’approche de Bonny. Ici, le thérapeute ne fait que suivre le patient et est là pour aider celui-ci à détourner les blocages éventuels.

En ACT, il y a très peu de règles si ce n’est d’adapter ses procédures de façon à être le plus utile au patient. Donc si vous sentez qu’il y a un blocage, ne foncez pas tout de suite dans une solution. Attendez. Faites confiance au processus. Si ce blocage se répète de séance en séance, alors adoptez une posture un peu plus suggestive lorsque vous approchez du blocage, pour permettre de passer celui-ci, puis redonner la main au patient. Discutez-en avec lui avant, de façon à ce qu’il garde une totale maîtrise du processus et que lorsque le blocage arrive, il vous passe délibérément le “volant” pour sauter cet obstacle. Il n’est pas inutile de répéter alors la scène au cours d’une séance suivante, en laissant le patient faire lui-même le passage difficile.

Postlude

Lorsque la musique arrive à la fin, l’accompagnant aide le patient à revenir à un état de conscience habituel. C’est également l’occasion de faire un récapitulatif de ce qui c’est passé pendant la session en revoyant en imagerie les différents moments de la séance, en insistant sur ce qui a été le plus important et en explorant les valeurs intimes du patient.

Remarque :

Vous pouvez trouver un ensemble de compilations spécialement dédié à cette approche au lien suivant

Le choix de la musique est important. Il n’y a pas de musique prédéterminée à telle difficulté. Cela va dépendre de la sensibilité du patient et de ces besoins spécifiques pour la séance. D’une séance à l’autre, la musique peut donc changer pour un même thème. Le choix de la musique est un art plus qu’un protocole et nécessite une large connaissance du répertoire musical existant pour pouvoir coller au mieux au patient.

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Exercice pleine conscience et acceptation | L’art du Kintsugi

Connaissez-vous l’art du Kintsugi ? C’est un art japonais de réparation des objets. La philosophie de cet art est de prendre en compte l’histoire de l’objet, de mettre en évidence son passé, de recoller ce qui a été brisé, sans tenter d’effacer la cicatrice, bien au contraire. Le Kintsugi est une réparation avec de l’or. Cela donne aux objets une unicité et une présence fascinante.

Cette philosophie est très inspirante dans la mesure où elle sublime un événement négatif, où la force et la beauté de l’objet résident dans ce qui a été brisé. Ces fêlures vont bien plus loin que de permettre à la lumière de venir nous éclairer à l’intérieur : elle permet à notre lumière intérieure de venir éclairer notre vie et les gens que nous aimons. La lumière vient de l’intérieur et rayonne, à l’image des bols et autres objets passés par le Kintsugi, d’une aura singulière.

Comment pratiquer le Kintsugi en auto-traitement ?

Vous avez le sentiment que quelque chose a été brisé en vous. Il est possible que vous sachiez ce qui est brisé et pourquoi c’est brisé. Il est possible également que vous ne le sachiez pas. Quelle que soit votre situation, vous pouvez pratiquer les cinq étapes de l’exercice suivant.

Exercice d’exploration du ressenti

Installez-vous dans un endroit calme et commencez à respirer tranquillement.

Portez toute votre attention sur votre respiration. Pendant cet exercice, votre respiration sera votre guide, votre fil d’Ariane. Prenez-en soin.

Au cours de cet exercice, vous allez poser des questions à votre corps, sans tenter d’y répondre. Laissez votre corps faire émerger sa propre réponse.

Posez-vous la question suivante : « comment je vais aujourd’hui ? » et laisser votre ressenti résonner avec cette question. Observez ce qui se présente comme réponse corporelle : les ressentis, les images, les pensées.

Posez-vous à présent la question suivante : « Qu’est-ce qui est cassé, brisé en moi ? » « Depuis quand est-ce présent ? » Et laissez à nouveau votre ressenti formuler sa réponse.

Si rien ne vient directement, patientez. Répétez en vous-même les questions en respirant dans chacun des mots et dans l’espace entre ceux-ci.

Lorsque votre corps vous répond, à sa façon, prenez un peu de temps, 1 à 2 minutes, pour rester simplement avec cette réponse, en observant celle-ci, en lui permettant de se déployer à l’intérieur de vous.

Vous pouvez ensuite passer à l’exercice suivant.

Trouver la blessure

Posez la question suivante à votre ressenti : « si c’était une image, une scène, un dessin, qu’est-ce que ce serait ? » Laissez, ici aussi, votre ressenti répondre en lui laissant le temps de formuler sa réponse. Répétez lentement cette question, encore et encore, jusqu’à ce qu’une image cohérente vous apparaisse.

Trouver le symbole

Lorsque vous avez votre image, trouvez en une représentation, dessinez-là ou trouvez-en une représentation sur internet puis imprimez-là. Cette étape peut prendre du temps. Si vous utilisez une image que vous n’avez pas créée, prenez le temps de bien la choisir. Elle doit représenter ce qui a été brisé en vous. Lorsque vous pensez avoir trouvé la bonne image, prenez un peu de temps pour rappeler votre ressenti et faire résonner cette image avec lui. Si votre corps vous dit que c’est bon, alors vous pouvez passer à l’étape suivante.

Déchirer

Imprimez cette image si elle ne vient pas de vous, et passez un peu de temps avec elle. Explorez celle-ci dans les moindre détails tout en restant attentif à ce que votre corps vous raconte.

Rappelez le ressenti de ce qui a été brisé en vous.

Lorsque vous êtes profondément connecté à ce ressenti, commencez à déchirer votre image de la façon dont le ressenti a été brisé. A chaque geste, prenez une inspiration et observez comment votre corps répond à cette déchirure. Procédez ainsi jusqu’à ce que le tas de morceaux représente votre état actuel.

Récupérez chaque morceau, un a un et pour chacun, observez ce qu’il représente pour vous, ce qui est important dans ce morceau et la façon dont il parle de vous. Lorsque vous avez ramassé chaque morceau de cette façon, rassemblez ceux-ci dans une enveloppe et laissez celle-ci dans un endroit sûr pour y revenir le lendemain ou dans la semaine.

Réparer

Le lendemain et quelques jours plus tard, revenez à votre enveloppe. Votre tâche maintenant est de recomposer quelque chose avec ces morceaux. Vous pouvez ou non revenir à l’image d’origine. Tout est possible. Tant dans la forme que dans la façon de « recoller les morceaux ».

Lorsque vous aurez un résultat satisfaisant, prenez un peu de temps pour contempler votre reconstruction. Posez-vous la question « En quoi ce qui se trouve là devant moi porte une réponse à mes difficultés ? » Et, encore une fois, écoutez votre réponse corporelle.

Comment pratiquer le Kintsugi en accompagnement ?

Beaucoup de nos patients ont l’impression que quelque chose a été brisé en eux. Nous-mêmes, thérapeutes, ne sommes pas à l’abri de choc si important qu’il change à jamais la façon dont nous nous considérons.

Pour réaliser cet exercice, proposez au patient de venir à la prochaine séance avec, dans une enveloppe, une photo ou un dessin qui représente ce qui a été brisé en lui. Ce quelque chose qu’il avait et qu’il n’a plus maintenant. Informez-le tout de même que vous allez déchirer l’objet en question, et donc que ce serait bien que la représentation soit sur un support-papier.

À la séance suivante, à l’aide de la représentation amenée par le patient, explorez ce qui, dans ce dessin ou cette photo, représente cette partie de lui brisée. Explorez-en les qualités. Proposez au patient de ressentir ces qualités, comme si elles étaient encore en lui ou comme si cela n’était pas brisé, comme ce qu’il pouvait ressentir avant.

Lorsque le patient est profondément en relation avec son ressenti, suggérez-lui d’en déchirer la représentation de la façon dont elle a été brisée tout en “rejouant” au niveau du ressenti le moment où cette chose, ce ressenti, a changé. Le moment où il s’est brisé.

Ensuite, proposez au patient de prendre chaque morceau (environ 10 maximum) et de vous en raconter l’histoire. Que représente ce morceau ? Qu’a-t-il d’important pour le patient ? Est-ce présent encore dans d’autres contextes, dans d’autres relations ? Comment va-t-il réintégrer cela dans sa vie aujourd’hui ?

Lorsque tous les morceaux ont été récupérés, rassemblez le tout et rangez-le dans l’enveloppe. Donnez l’enveloppe à votre patient et demandez-lui de recoller les bouts pour la séance suivante en ne tentant pas de cacher les déchirures, au contraire. Il n’est pas obligé de revenir à la représentation originale : il peut, s’il le souhaite, mélanger autrement les morceaux pour aboutir à quelque chose de nouveau. Et demandez-lui de revenir avec le résultat de ses travaux.

A la séance suivante, explorez avec le patient ce qu’il a ressenti quand il a fait ce travail de reconstruction. Explorez ce nouveau symbole avec le patient.

Que ressent-il en regardant cette image ?

Où se trouve cette sensation ?

En quoi est-elle similaire ou différente de ce qu’il ressentait à la séance précédente en regardant ce qu’il a perdu ?

En quoi cette nouvelle image est une réponse à une question qu’il se pose ?